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MALAKOFF PATRIMOINE
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SOUVENIRS DE COLO 1939
A Fulvy pendant le guerre
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Pour les enfants qui se trouvaient au château de Fulvy en 1939, cette période fut à la fois douloureuse mais aussi extraordinaire. Lors du 70ème anniversaire de Fulvy (1978) Mauricette, Serge et Claude ont donné leur témoignage sur cette période mouvementée dans ce petit coin de l’Yonne aussi.

 « Nous ne manquions de rien à Fulvy »

« Je suis parti pour la première fois à Fulvy en août 1939. A la déclaration de guerre, en septembre, mon père est venu me chercher comme d’autres parents qui ont pu faire le déplacement, et nous sommes rentrés à Malakoff. J’y suis retourné en 1942, puis en 1945. A cette époque, les filles et les garçons étaient séparés, même sur la pelouse qu’une sorte de corde partageait en deux. Naturellement, nous nous couchions dans l’herbe de part et d’autre, au raz de la corde, nez à nez...Et puis, nous nous retrouvions au fond du bois, autour d’un vieux banc de pierre. Il ne se passait rien de spécial, nous bavardions, heureuses d’être ensemble.

Régulièrement nous avions droit à l’épouillage à la Marie-rose,un produit antiparasitaire qui existe toujours, et c’est peut-être à cause des poux que toutes les filles avaient les cheveux courts. Quand il faisait beau, nous mangions dehors, sur de grandes tables, tous ensemble. Je n’ai que peu de souvenir de cette période de guerre. Nous ne manquions de rien à Fulvy. Au goûter, sur la pelouse, on nous distribuait du pain et deux carrés de chocolat. C’était délicieux. Un des instituteurs, un gros bonhomme qui s’appelait monsieur Offer, criait tout le toujours à ce moment là : « Dou le monde zur la belouse » , avec un incroyable accent alsacien... »

Mauricette, 8 ans en 1939

 « Les grands allaient ramasser les pommes de terre »

« J’allais à Fulvy depuis 1937. Madame Piginnier, la femme du Maire était directrice et, à l’époque, les moniteurs étaient recrutés parmi les conseillers municipaux de Malakoff. Quand la guerre à éclaté en 1939, mon père mobilisé, n’a pas pu venir me chercher et, comme j’avais 14 ans, j’ai été promu moniteur avec quatre autres copains, le temps que les instituteurs arrivent avec une centaine d’enfants qu’on mettait au vert pendant les hostilités. J’ai vécu à Fulvy pendant près d’un an. Pour nourrir la troupe, les grands allaient arracher les pommes de terre de l’autre côté de la grille du parc, près des grottes où j’ai vu pour la première fois des chauves-souris. J’ai aussi participé à la construction de baraquements sur le domaine. Je ne sais pas à quoi ils étaient destinés, mais plus tard, on y a mis des prisonniers français.

Ce fameux hiver 1939, terriblement froid, on dévalait la pente de Fulvy sur des traîneaux qu’on avait fabriqués, on construisait aussi des igloo.. Les instituteurs nous avaient offerts de petits cadeaux pour Noël, trois fois rien, Je me souviens encore qu’en allant chercher le lait à la ferme, j’ai vu deux gosses de l’Assistance publique. Ils dormaient là dans l’étable. J’en avais été assez choqué. Et puis l’exode. Alors que les autres partaient à pied, je suis monté, sur ordre, avec le chauffeur dans le vieux Renault, un ancien car de police qu’on appelait Mitraillette, chargé à bloc des valises et des affaires appartenant aux enfants. A Avallon, les Allemands arrivaient, ils cassaient leur crosse de fusil sur la tête des soldats français, de tirailleurs. Aucun coup de feu. Nous les gosses nous regardions derrière la fenêtre...

Logés dans un collège, nous étions assez libres là où bon nous semblait. C’est comme ça qu’on a trouvé des fusils abandonnés dans les caves par les soldats français. Ensuite, on nous a ramené à Fulvy, puis Paris au lycée Jean-Baptiste Say. A cause de tous ces transits, j’ai loupé mon entrée en apprentissage comme mécano d’aviation à Issy. En 1941 je me suis engagé comme apprenti imprimeur à 0,25 francs de l’heure. C’est devenu mon métier... »

Serge, 14 ans en 1939

 « On comprenait bien qu’il se passait quelque chose de grave »

« J’étais en colo à Fulvy en août 1939. A la déclaration de guerre, ma mère qui était seule à Malakoff n’a pas pu venir me chercher. Nous sommes restés une trentaine d’enfants sur place. Les plus grands ont fait les moniteurs pendant quelques jours le temps que des instituteurs soient envoyés par l’Education nationale. Ensuite, nous sommes restés à Fulvy près d’un an. Nous n’étions pas abreuvés d’informations. On comprenait bien qu’il se passait des choses graves puisque nous n’étions pas chez nous, mais nous n’étions pas malheureux, entre gosses, à la campagne. On s’amusait, on allait embêter les filles dans leur dortoir, la nuit... Bien sûr, avec les institutrices, ça ne rigolait pas tous les jours. On était sous Pétain, tout de même. En juin 1940, il nous a fallu quitter le château à pied, vers 5 heures du matin, en direction d’Avallon. Il y avait bien à ce moment là une centaine d’enfants de 6 à 14 ans à Fulvy... La route était souvent mitraillée par l’aviation italienne de Mussolini, nous nous cachions dans les fossés. Nous sommes tout de même arrivés à Avallon juste avant la nuit et on nous a installé dans un hôtel, près d’une place. Ensuite, nous avons été hébergé dans un collège, jusqu’en juillet 1940 où des autobus du dépôt de Malakoff sont venus nous chercher pour nous ramener chez nous... J’ai l’impression d’avoir eu deux vies : une jusqu’en 1939, puis une chape de plomb jusqu’en 1944 et, une deuxième vie qui a commencé à la Libération... »

Claude, 11 ans en 1939

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Sources : Extraits de Malakoff infos, N° 148, Mai/Juin 2000


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