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TEMOIGNAGE LITTERAIRE
Promenade des parisiens aux fortifications proches du quartier Malakoff
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Les parisiens montrent aujourd’hui un goût immodéré pour la campagne (...) Le dimanche, la population qui étouffe, en est réduite à faire plusieurs kilomètres à pied pour aller voir la campagne du haut des fortifications.

Cette promenade aux fortifications est la promenade classique du peuple ouvrier et de petits bourgeois. Je la trouve attendrissante, car les Parisiens ne sauraient donner une preuve plus grande de leur passion malheureuse pour l’herbe et les vastes horizons.

Ils ont suivi les rues encombrées, ils arrivent éreintés et suants, dans le flot de poussière que leurs pieds soulèvent ; et ils s’assoient en famille sur le gazon brûlé du talus, en plein soleil, parfois à l’ombre frêle d’un arbre souffreteux, rongé de chenilles. Derrière eux, Paris gronde, écrasé sous la chaleur de Juillet ; le chemin de fer de ceinture siffle furieusement, tandis que, dans les terrains vagues, des industries louches empoisonnent l’air. Devant eux s’étend la zone militaire, nue, déserte, blanche de gravats, à peine égayée de loin en loin par un cabaret de planches. Des usines dressent leurs hautes cheminées de brique, qui coupent le paysage et le salissent de longs panaches de fumée noire.

Mais qu’importe ! par-delà les cheminées, par-delà les terrains dévastés, les braves gens aperçoivent des coteaux lointains, des prés qui font tables vertes, grandes comme des nappes, des arbres nains qui ressemblent aux arbres en papier frisé des ménageries d’enfant ; et cela leur suffit, ils sont enchantés, ils regardent la nature, à deux ou trois lieues. Les hommes retirent leurs vestes, les femmes se couchent sur leurs mouchoirs étalés ; tous restent là jusqu’au soir, à s’emplir la poitrine du vent qui a passé sur les bois. Puis, quand ils rentrent dans la fournaise des rues, ils disent sans rire : « Nous revenons de la campagne ».

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Source : Article paru dans le journal le Messager de l’Europe, Août 1848.


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