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LA NOUVELLE CALIFORNIE
Quand Chauvelot franchit les fortifications de Paris
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A partir de 1850, Alexandre Chauvelot franchit les nouvelles fortifications de Paris et achète des terrains sur le plateau de la Plaine de Montrouge, commune de Vanves. Il s’insère dans un maillage de chemins de communication déjà existants, les voies de Beauvais, aujourd’hui rue Pierre Larousse, et des Plâtras, aujourd’hui rue Gambetta. Sur le modèle du quartier Plaisance et des Thermopyles à Paris, il trace des rues et découpe ses terrains en portions à bâtir. Certains terrains proposés sont théoriquement inconstructibles. Inimaginables aujourd’hui avec nos règles d’urbanisme et nos permis de construire…

Les débuts sont difficiles pour Chauvelot, les terrains sur cette plaine de Montrouge sont de mauvaise qualité, entourés de carrières de plâtras et de moellons (2). Jamais à cour d’idée publicitaire et non sans humour, il décide d’appeler ce village naissant la « Nouvelle Californie du Moellon et de la Pierre », en référence à la toute récente ruée vers l’or aux États-Unis. Il ouvre de nombreuses rues qu’il baptise de noms attrayants et exotiques tels que « avenue du Sacramento, rues de San Francisco, de la Butte-aux-Belles, de la Perle du Brésil, du Jardin des Hespérides ou encore du Céleste Empire ».

L’essor des ventes se confirme : les acquéreurs, sont attirés par un foncier plus avantageux encore que dans la zone comprise entre le mur des fermiers généraux et l’enceinte de Thiers. De 1850 à 1861, année de son décès, Chauvelot réalise des centaines de ventes. Elles sont principalement passées dans l’étude notariale de Vaugirard, mais aussi par des notaires en plus lointaine banlieue, à Arcueil et Bourg-la-reine. L’expérience acquise depuis 1835 a porté ses fruits. C’est un village entier qui sort de terre en une demi douzaine d’années, en toute indépendance du bourg de Vanves, sa commune de rattachement, située à deux kilomètres de là.
 
Chauvelot fait ce qu’il veut, mais pas ses acquéreurs
 
Les actes de ventes des terrains, car là, comme à Plaisance et aux Thermopyles, Chauvelot ne vend que des parcelles nues, présentent dans leur forme un certain systématisme qui va bien au-delà de la simple rédaction standardisée du notaire. Ils donnent même des détails s’apparentant à un véritable cahier des charges. En effet, Chauvelot impose un certain nombre de conditions à ses acquéreurs.
Tout d’abord, ceux-ci doivent s’engager, contre un droit d’utilisation à perpétuité, à participer « pour leur part et portion à l’entretien de la corde, des seaux et poulies et à leur remplacement au besoin »des puits qu’il fait creuser un peu partout dans le lotissement, les puits étant d’ailleurs le seul équipement publique mis à disposition des acquéreurs. Ensuite, il leur fait obligation de « contribuer au pavage et cailloutage de la rue projetée devant la façade de la portion par eux acquise et jusqu’au milieu dès que la majorité des propriétaires le demanderait et sous la forme qu’elle jugerait convenable ». Chauvelot incite aussi les propriétaires à clôturer leur terrain par des murs et établit des règles de mitoyenneté.
 
Au-delà des formes qu’il impose pour la tenue de son lotissement, Chauvelot prend aussi quelques précautions. En effet, la moitié des terrains qu’il achète et revend se trouve près des fortifications, sur le sol de la zone militaire, non aedificandi, c’est à dire théoriquement inconstructible. Il prend donc bien soin de préciser dans les actes que le terrain vendu est susceptible de ne pouvoir accueillir de constructions comme trop rapproché de l’enceinte. Par ailleurs, le sud de Paris étant troué de carrières, il se protège aussi de tout recours contre lui en faisant inscrire, toujours dans les actes, qu’il ne garantit pas que le terrain a été fouillé et que la masse de pierres à été extraite. Donc, la aussi, il ne peut assurer que le terrain soit constructible.
 
Un vrai village en devenir
 
Au cours des années 1850, le peuplement du village de la Nouvelle Californie prend de l’ampleur. Chauvelot connaissant, depuis 20 ans qu’il lotit dans le sud de Paris, les principaux propriétaires terriens, les autres lotisseurs, les notables locaux, il maintient avec eux des relations d’affaires des plus fructueuses. Les échanges de terrains sont plus que courants. Des petits propriétaires lui confient leurs terres à lotir.
 
Des particuliers ayant des fonds lui prêtent de l’argent. A sa suite, d’autres lotisseurs investissent la nouvelle Californie et ouvrent sentiers, impasses, rues et même avenues, terme plus chic et plus vendeur. L’acheteur type est, comme à Plaisance et aux Thermopyles, un ouvrier, un artisan, un commerçant. Ainsi, s’installent dans le lotissement, des marchands tripiers75, des fabricants de fleurs artificielles, des piqueurs de moellons, des cuiseurs de pierres factices, tourneurs en plaques, corroyeurs, charpentiers, serruriers, mécanicienset, bien sûr, les marchands de vins, particulièrement nombreux dans le secteur.
 
Le lotisseur décide par ailleurs de s’investir totalement dans son nouveau lotissement. Il se fait construire une maison et s’installe au milieu du nouveau village, avenue du Sacramento. Ainsi, il peut gérer et contrôler plus facilement les nombreuses ventes, les relations avec les acquéreurs, l’ouverture des nouvelles rues ou le creusement des puits. Il peut aussi vérifier que les acheteurs respectent le « cahier des charges ». Il règne sur cet ensemble dont il est propriétaire de la plupart des rues et espaces libres. Il ne se contente donc pas, cette fois ci, de parceller et de vendre des terrains. Il « dirige son lotissement » et cherche par ailleurs à le faire connaître grâce à la publicité, le bouche à oreille, mais aussi par des moyens plus spectaculaires, en créant une véritable attraction dont il espère que la renommée servira ses activités immobilières. Pour cela, son expérience de saltimbanque et de restaurateur lui sont précieuses.
 
David Berthout
Archiviste
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Notes
1)Voir le cadastre napoléonien, commune de Vanves, section A, Archives municipale de Vanves
2) Les carrières sont très nombreuses dans le secteur. Certaines ventes passées par Chauvelot ont, en annexe, des plans indiquant la présence de certaines carrières. Voir par exemple la vente d’exploitation de Chauvelot à EdméPiatier, marchand carrier, Archives nationales., Minutes. centrales, CIII, 609 (26 octobre 1855).

3) On trouve la première trace de l’installation de Chauvelot dans le village de la Nouvelle Californie dans une quittance de Chauvelot à Blanchard en date du 14 mai 1856, annexée à la vente du 27 novembre 1853, Archives nationales, Minutes. centrales, CIII, 569.


4) Plusieurs actes de ventes montrent que des personnes provenant du même quartier, de la même rue, voire dumême immeuble, achètent des lopins de terre au même endroit, à des dates très rapprochées. Voir par exempleles ventes de Chauvelot à Girod-Fournier et Plumereau. Les acquéreurs, habitant tous les deux rue de l’École deMédecine, ont acheté deux parcelles de terrain à Montrouge, lieu dit Les Plantes. Archives départementales Hauts-de-Seine, 3EMON 172 (14 mai 1846)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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