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MALAKOFF PATRIMOINE
SOMMAIRE :
Le sacré

Un territoire


Le bâti


Les activités


MEMOIRES FAMILIALES 14/18
"En souvenir de mon arrière grand-père, combattant à Verdun"

Sylvain Lahure, Malakoffiot, petit fils de poilu vit à sa façon le devoir de mémoire en parcourant régulièrement la zone rouge de Verdun, celle qui n’a jamais été nettoyée, là où son arrière grand-père maternel à combattu en 14/18. Ce qu’il trouve est désormais archivé, classé et protégé pour l’histoire et pour faire comprendre ce qui s’est passé.

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Sylvain Lahure, Malakoffiot, petit fils de poilu vit à sa façon le devoir de mémoire en parcourant régulièrement la zone rouge de Verdun, celle qui n’a jamais été nettoyée, là où son arrière grand-père maternel à combattu en 14/18. Ce qu’il trouve est désormais archivé, classé et protégé pour l’histoire et pour faire comprendre ce qui s’est passé.

« Ce n’est pas la guerre de 14-18 qui me passionne mais les hommes et les femmes qui ont vécu cette période, et les lieux de combat.(1) Je pense, par exemple, à Verdun où mon arrière-grand-père maternel a servi. A la fin des années 80, j’avais étudié cette période à l’école primaire. Mon arrière-grand-père était encore vivant et je lui avais posé des questions. Le visage fermé, la larme à l’oeil, il m’avait répondu : « Je ne veux pas que tu connaisses ça ». Il m’a raconté peu de choses qu’il avait vécues.

C’est à ce moment là que j’ai commencé à m’intéresser et à me documenter. Depuis trois ans, je me rends sur place pour voir où se sont passés les combats. Je cherche à comprendre ce qu’à pu vivre mon arrière-grand-père et plus largement ce qui s’est passé.

Je vais avec un ami dans la zone rouge, celle qui n’a pas été nettoyée et qui ne le sera jamais. Il y a tellement de choses à voir. Tout a été abandonné là-bas : les Français ont tout balancé par terre, les Allemands ont enterré. Sur place, on a une petite idée de l’atmosphère : on voit encore les trous, des obus, des grenades, des os, des impacts de balle sur ce qui servait d’abris de fortune, des fusils Mauser allemands, des cartouches, des baïonnettes, des bouteilles, les boyaux pour aller en première ligne, etc. On peut se projeter la situation réelle telle qu’elle l’était : les lignes de combat, le no man’s land...

On ressort affecté de cette expérience. Quand je prends un éclat d’obus dans les mains, je me dis : « Waouh ! La force et la vitesse à laquelle l’obus pouvait arriver ! Il n’y avait pas de pitié, c’était pour faire mal : briser les chairs et les os. » Ma démarche personnelle est devenue historique avec le temps. J’ai découvert là-bas le terme « Camp des représailles ». Situé à Flabas,(2) ce camp a accueilli 500 prisonniers français entassés dans un rectangle de 50 mètres de long sur 30 mètres de large. Ils étaient quasiment en première ligne, c’était l’horreur. On n’en parle pas beaucoup mais ça prend les tripes. Je pense aussi au supplice du poteau qu’ont dû endurer de nombreux soldats.

Sur place, on ne fouille pas, on ramasse juste les objets à vue. Je ne les vends pas mais je les donne à des passionnés par respect pour ceux qui se sont battus là-bas. Je ne garde rien, je préfère que ça soit visible au plus grand nombre.

Il ne s’agit pas d’une démarche d’historien mais de citoyen. Je veux rendre hommage. Je souhaite faire passer un message au-delà du 11-Novembre pour faire comprendre ce qui s’est passé.

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(1) Témoignage de Sylvain Lahure, 38 ans, Malakoffiot, arrière-petit-fils de poilu

(2) Camps de Flabas : en contradiction avec les conventions qui interdisaient de faire travailler des prisonniers de guerre à moins de 30 km du front, les Français employaient des prisonniers allemands pour travailler sur la Voie Sacrée, l’Allemagne créa le Camp des Représailles de Flabas, situé à 4 kms des lignes de combat et fit appliquer les mêmes conditions aux prisonniers français. 200 prisonniers y trouvèrent la mort.

(3) Témoignage recueilli par Stéphane Laforge dans le cadre de l’exposition « Mémoires de poilus » organisée par la Commission municipale « Mémoire et patrimoine » en novembre 2014 avec le concours du Service communication de la Mairie de Malakoff. Travail coordonné par Cécile Lousse et Florence Giacomelli.

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MEMOIRES FAMILIALES 14/18
"Ces objets qui font remonter les souvenirs de la guerre"

Michel Foucher à l’occasion de décès dans sa famille a récupéré des objets de la Grande Guerre faisant ainsi remonter dans la mémoire collective ce conflit dont on ne parlait pas beaucoup en famille. La conservation de ces objets rappellent le souvenir de personnes disparus et parlent d’une catastrophe humaine.

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Michel Foucher à l’occasion de décès dans sa famille a récupéré des objets de la Grande Guerre faisant ainsi remonter dans la mémoire collective ce conflit dont on ne parlait pas beaucoup en famille. La conservation de ces objets rappellent le souvenir de personnes disparus et parlent d’une catastrophe humaine.

« J’ai récupéré divers objets ayant appartenu à Joseph Chauvin, grand-père paternel de ma femme, et de mon grand-père paternel, Emile Foucher.(1) Né le 9 décembre 1875, Joseph Chauvin est décédé le 5 février 1915 dans la Marne. Il avait 40 ans et a laissé une veuve et deux enfants de 7 et 9 ans.

Je n’ai pas connu mon grand-père paternel, mort de maladie mais pas à la guerre. L’encrier, les deux cadres de photos et une collection de vieux livres étaient chez ma grand-mère. Je les ai récupérés à son décès. Il a fallu ces objets pour que la guerre remonte à la surface. C’est un sujet que l’on n’abordait pas dans la famille. On en parlait davantage dans ma belle-famille. Ses objets étaient en vue chez ma grand-mère, il y avait des photos de famille dans les cadres. J’étais gosse, je ne posais pas de questions et je ne me plongeais pas dans les souvenirs. Ensuite, la Seconde guerre mondiale a rajouté d’autres souvenirs qui ont peut-être effacé avec le temps ceux de la Première Guerre mondiale.

Je tiens à ces objets car ce sont des souvenirs. Ma grand-mère y était attachée. Je témoigne aussi de mon attachement et de mon respect envers les anciens. J’aime ces souvenirs car j’ai toujours été passionné par l’histoire. Quand j’étais gosse, je lisais sans cesse les bouquins que mon grand-père avait achetés. Ils étaient toujours à la gloire de la France, c’était amusant. Grâce aux livres, je me suis enrichi. La guerre de 14-18 a été concrète pour moi car j’avais cette histoire dans les mains. Cette reconstitution écrite me parlait plus que les objets, car ceux qui ont fait la guerre n’ont pas pu me la raconter. C’est un regret de ne pas avoir reçu de témoignage.

Ces objets que je conserve précieusement sont beaux. Ils sont drôlement bien faits surtout que les soldats devaient avoir peu de moyens. Je suis admiratif des douilles sculptées et du travail réalisé en relief. Ces objets me rappellent des souvenirs de personnes qui n’ont pas profité de la vie. La guerre de 14-18 a été une catastrophe humaine.

Il y a aussi beaucoup de questions derrière ces objets mais pas de réponses. Je ne comprenais pas pourquoi il était écrit Macédoine, Salonique. J’ai cherché et j’ai vu qu’il y avait eu des batailles là-bas. Je ne sais pas si c’est mon grand-père qui a fait ces cadres. Il y a beaucoup d’interrogations. Je sais que mon grand-père était assez méticuleux, il aimait les livres, la chasse. Avec ma grand-mère, ils ont habité Malakoff puis la Sarthe. Mon père n’en parlait pas trop. Pour moi ces objets sont des souvenirs de personnes disparues... ».

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(1) Témoignage de Michel Foucher, Malakoffiot né en 1935

(2) Témoignage recueilli par Stéphane Laforge dans le cadre de l’exposition « Mémoires de poilus » organisée par la Commission municipale « Mémoire et patrimoine » en novembre 2014 avec le concours du Service communication de la Mairie de Malakoff. Travail coordonné par Cécile Lousse et Florence Giacomelli.

 

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MEMOIRES FAMILIALES 14/18
« Mes grands pères ont fait la Campagne d’Orient »

Les deux grands pères de Hervé Meraville ont participé à la Campagne d’Orient (1915-1918) qui fut elle aussi terrible pour les soldats et pour les populations. Des années d’une vie qui ne leur appartenait plus. L’absence de transmission directe a été un vrai regret pour comprendre ce qu’il ont vécu.

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Les deux grands pères de Hervé Meraville ont participé à la Campagne d’Orient (1915-1918) qui fut elle aussi terrible pour les soldats et pour les populations. Des années d’une vie qui ne leur appartenait plus. L’absence de transmission directe a été un vrai regret pour comprendre ce qu’il ont vécu.

« J’ai connu mes deux grands pères, mais j’étais encore jeune quand mon grand-père maternel est décédé. Ce que je sais sur sa participation à la guerre, je le tiens de ma mère même s’il lui en a finalement peu parlé. Plus que les explosions d’obus, le plus dur pour lui était de supporter la boue dans les tranchées.

Mon grand-père a été mobilisé de 1914 à 1919 : il est allé au front et a pris part à la campagne d’Orient. Il était plus bavard sur les pays traversés lors de la campagne d’Orient (2). Il évoquait les populations démunies de Bulgarie ou de Roumanie qui suivaient les soldats pour avoir de quoi manger. Il n’y avait plus de cheveux sur une partie de son crane suite à une blessure causée par un obus. J’ai le souvenir de l’avoir entendu loué et encensé Clémenceau, le "Tigre", qui était pour lui le grand homme de la Première Guerre mondiale. Il lui vouait une grande admiration.J’ai davantage parlé de la guerre avec mon grand-père paternel. Il avait souvent été envoyé au front : fait prisonnier en 1914, libéré en 1917, il a ensuite réalisé la campagne d’Orient. Suite à une blessure, il lui manquait un doigt. C’est en tout cas ce qu’il m’avait dit. J’ai appris ensuite par un de ses voisins qu’il avait travaillé dans une mine de sel lorsqu’il était prisonnier en Allemagne. Pour quitter cet endroit et ces rudes conditions de vie, il s’était volontairement mutilé un doigt en le laissant entre deux wagons.

Il ne parlait pas trop de la guerre ni des combats mais des pays qu’il avait traversés. Il parlait surtout de la pauvreté qu’il y avait vue. La guerre a été pour lui une ouverture sur le monde : elle lui a permis de voir du pays sinon il n’aurait pas quitté la France. Il m’a raconté une anecdote lorsqu’il était prisonnier en compagnie de soldats russes. Ceux-ci demandaient aux soldats africains de l’armée française de remonter leurs manches ou leurs bas de pantalon pour voir s’ils étaient noirs sur tout le corps.

Quand j’ai eu une vingtaine d’années, j’ai réalisé un tour d’Europe. Il avait été heureux de discuter avec moi des pays qu’il avait vus. Il avait gardé des habitudes de cette époque, il buvait son café à la Turque. Je me souviens d’ailleurs qu’il y avait autant de grains que de jus !

Mon grand-père maternel a tenu un carnet durant la guerre. Ma mère me l’a souvent montré, elle le garde précieusement. J’ai retrouvé la carte et le texte dans la maison de mon grand-père paternel ainsi que des photos de son camp de prisonniers. Ces différents documents me font un peu toucher du doigt ce qu’a été leur vie à ce moment là pendant un long moment. Ils ont passé cinq années de leur jeunesse à la guerre. Cinq années d’une vie qui ne leur appartenait pas. En dépit des documents, cela me semble lointain. C’est l’histoire de ma famille, une chose qui m’intéresse, mais je ne ressens pas cet affect comme ce que j’ai pu apprendre de mes parents lors de la Seconde Guerre mondiale. Il n’y a pas eu de transmission directe, de témoignage oral. Il n’y a pas d’affect car ce sont des documents. C’est sans doute mon principal regret... ».

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(1) Hervé Meraville, Malakoffiot, petit-fils d’Edmond Château, grand-père maternel (1887-1962) et de Roger Meraville, grand-père paternel (1896-1987).


 (2) Campagne d’Orient : Loin d’avoir été une expédition exotique les soldats engagés dans le Front d’Orient ont connu des souffrances terribles, les maladies et le climat défavorable, s’ajoutant aux combats intensifs. La cessation des hostilités avec la Bulgarie puis la Turquie précipiteront les armistices avec l’Autriche-Hongrie puis celle de l’Allemagne. De cette guerre lointaine on se rappelle notamment la bataille des Dardanelles.


(3) Témoignage recueilli par Stéphane Laforge dans le cadre de l’exposition « Mémoires de poilus » organisée par la Commission municipale « Mémoire et patrimoine » en novembre 2014 avec le concours du Service communication de la Mairie de Malakoff. Travail coordonné par Cécile Lousse et Florence Giacomelli.

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MEMOIRES FAMILIALES 14/18
"Pour mon grand-père il était nécessaire d’en parler"

Le grand-père de Simone Goffard, clairon pour sonner l’alerte au gaz moutarde évoquait librement et fréquemment son quotidien dans les tranchées, les gueules cassées, la boue, la faim, la disparition des copains, mais aussi la solidarité qui existait entre les soldats. Et par la suite à sa famille la transmission de l’amour de la Patrie, la tolérance et le devoir de mémoire.

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Le grand-père de Simone Goffard, clairon pour sonner l’alerte au gaz moutarde évoquait librement et fréquemment son quotidien dans les tranchées, les gueules cassées, la boue, la faim, la disparition des copains, mais aussi la solidarité qui existait entre les soldats. Et par la suite à sa famille la transmission de l’amour de la Patrie, la tolérance et le devoir de mémoire.

« Mon grand-père paternel (1) a été incorporé en 1914, il a participé à toutes les campagnes : Verdun, Douaumont, le Chemin des Dames.... Il était clairon, chargé de sonner l’alerte quand les ennemis allaient gazer. Il me parlait de ce qu’il avait vécu : la solidarité qui existait entre les soldats, les gueules cassées, la boue, ne pas allumer deux cigarettes de suite pour éviter d’être une cible pour les Allemands car les tranchées étaient très rapprochées.

Il évoquait son quotidien à la guerre, ses amis morts. Il avait défendu son pays comme son père, mort en 1870, l’avait fait avant lui. Je ne sais pas si mon grand-père avait été traumatisé par la guerre. Il me parlait librement des choses qu’il avait pu voir. Il était malheureux mais pas triste. Ses camarades étaient morts dans les tranchées, il n’avait plus de copains de cette époque-là, ni de son régiment.

A son retour, il n’a pas pu reprendre son travail car il avait respiré trop de gaz. Il devait d’ailleurs vivre six mois de l’année à la campagne. Pour lui, il était nécessaire d’en parler : « Les gueules cassées, on leur a brisé toute leur vie ! », disait-il. Mon grand-père me parlait souvent de 14-18. Il me disait : « Les hommes politiques nous ont menés là, il faut que tu écoutes et réfléchisses car ils recommenceront. » Et il avait raison. « On était dans les tranchées, on ne mangeait pas, des copains perdaient une jambe, n’y voyaient plus clair, et pendant ce temps d’autres étaient dans les cafésTu trouves que c’était juste ?! ».

J’étais sa seule petite-fille. « Quand je serai mort, donne tout ce qui concerne la guerre à Simone », avait-il demandé à ma grand-mère. Mon grand-père m’a transmis l’amour de mon pays et une qualité : savoir respecter les plus pauvres et ne jamais dédaigné le travail d’en bas. Il m’a aussi communiqué un message de tolérance. Il a surtout mal supporté que les hommes s’agressent entre eux. Pour lui, la tolérance, c’était se comprendre, pas s’agresser. C’était un homme adorable, il m’emmenait me promener dans la campagne, m’apprenait les plantes et me montrait des images dans le magazine L’Illustration. C’était merveilleux pour moi.

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(1)Témoignage de Simone Goffard, petite-fille de Victor Montet, soldat de la première Guerre mondiale, mort en 1940

(2) Témoignage recueilli par Stéphane Laforge dans le cadre de l’exposition « Mémoires de poilus » organisée par la Commission municipale « Mémoire et patrimoine » en novembre 2014 avec le concours du Service communication de la Mairie de Malakoff. Travail coordonné par Cécile Lousse et Florence Giacomelli.

 

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MEMOIRES FAMILIALES 14/18
« Dans ma famille on disait il est mort jeune »

La conservation des lettres du grand-père de Claude Pichard depuis trois générations est un acte du devoir de mémoire. Depuis une dizaine d’années, il se rend chaque année à l’Ossuaire de Douaumont. Dans la famille, une guerre par génération pour rien.

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La conservation des lettres du grand-père de Claude Pichard depuis trois générations est un acte du devoir de mémoire. Depuis une dizaine d’années, il se rend chaque année à l’Ossuaire de Douaumont. Dans la famille, une guerre par génération pour rien.

 « Je suis vraiment très attaché aux lettres de mon grand-père qui ont d’abord été conservées par ma grand-mère, puis ma mère. Aujourd’hui, c’est moi qui les ai. Je pense qu’il ne faut pas oublier. Ma grand-mère parlait peu de la guerre. En 1949, j’avais 11 ans et à l’époque je ne m’en souciais pas vraiment. Mon grand-père a été incorporé dès 1914 au 267e régiment d’infanterie. Il était soldat réserviste en charge de la manutention, puis il a été envoyé à Verdun en 1916. Ces documents sont pour moi une manière d’en savoir plus. Cela concerne la vie de ma famille et j’y suis attachée.

Dans ma famille on disait : « Il est mort jeune ». C’était un sujet dont on ne parlait pas mais les lettres ont été gardées. Ca reste un souvenir. J’ai découvert ces lettres quand ma mère est décédée. J’en ai pris connaissance avec peine et résignation. Dans ma famille, il y a eu une guerre par génération pour aboutir à rien : mon grand-père a fait 14-18 ; mon père la seconde guerre mondiale et moi l’Algérie pendant 28 mois.

Je suis allé à Verdun avec mes parents après ma première communion. Ma mère avait droit à un billet annuel de train pour s’y rendre, mais elle n’y est allée qu’une fois dans les années 50. Depuis une dizaine d’années, je m’y rends chaque année. Je ne m’explique pas les raisons de ces voyages. Après la lecture des lettres je me suis dit : « C’est quelque chose qu’on lui doit. » En 1919, ma grand-mère a dû faire les démarches pour avoir les informations sur le lieu où était enterré son mari. J’ai fait les démarches pour inscrire son nom à l’Ossuaire de Douaumont (2). J’ai été interloqué de voir tous les noms de soldats dans l’ossuaire.

Avec ma femme, à chacune de nos visites à Verdun, nous sommes frappés par le paysage. C’est fou ! Comment pouvaient-ils vivre... La guerre n’est jamais propre mais là, ça dépassait tout. Ma démarche est une démarche de gratitude et de reconnaissance.

J’ai deux filles. Elles sont au courant de ce que nous faisons comme nos sept petits-enfants. On leur en parle sans en faire une fixette. On leur explique que mon grand-père a souffert. Il s’agit de se souvenir et de respecter les souffrances qu’il a endurées. Je veux aussi leur faire ressentir que chaque génération a pris part à une guerre : mon grand-père, mon père et moi.

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(1) Témoignage de Claude Pichard , Malakoffiot, qui conserve précieusement de nombreuses lettres de son grand-père en provenance du front.

(2) L’ossuaire de Douaumont est une nécropole nationale  située sur le territoire de la commune française de Fleury-devant-Douaumont, en Lorraine. Le monument fut conçu après la bataille de Verdun. Il abrite un cloître long de près de 137 mètres avec des tombeaux  pour environ 130 000 soldats  inconnus, allemands et français, indéfectiblement entremêlés. En face de l’ossuaire se trouve un immense cimetière composé de 16 142 tombes  individuelles de soldats français, dont un carré pour 592 soldats musulmans de l’Empire colonial.

(3) Témoignage recueilli par Stéphane Laforge dans le cadre de l’exposition « Mémoires de poilus » organisée par la Commission municipale « Mémoire et patrimoine » en novembre 2014 avec le concours du Service communication de la Mairie de Malakoff. Travail coordonné par Cécile Lousse et Florence Giacomelli.

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MEMOIRES FAMILIALES 14/18
"Mon père nettoyeur des tranchées"

Emile Narmois, mobilisé à 32 ans, de 1914 à 1919, a connu la dure expérience des unités spécialisées dans le nettoyage des tranchées. Hélène sa fille raconte quelques souvenirs évoqués par son père...pour garder une trace de cette terrible période.

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Emile Narmois, mobilisé à 32 ans, de 1914 à 1919, a connu la dure expérience des unités spécialisées dans le nettoyage des tranchées. Hélène sa fille raconte quelques souvenirs évoqués par son père...pour garder une trace de cette terrible période.

« Mes parents se sont mariés en 1910. Papa était menuisier puis imprimeur. Mon père (1) a été mobilisé durant la première guerre mondiale au cours de laquelle il a reçu un éclat d’obus dans la cuisse. Lorsqu’il a appris la fin de la guerre, il était avec d’autres soldats à côté d’un champ de mines d’où ils se sont sauvés en vitesse.

Tous avaient un mépris de la mort, ils avaient appris à vivre avec elle. Ma soeur et moi avons été bercées dans notre enfance et adolescence par les récits de notre père. Il nous en parlait souvent, simplement, librement, lorsque nous étions à table. C’était quelqu’un de très gai. Il chantait, surtout des airs d’opérette, jouait de la mandoline. Même quand il nous parlait de ce qu’il avait vécu, il n’était pas triste.

Il nous racontait souvent l’histoire de ce jeune soldat français coincé entre deux tranchées et ne pouvant être secouru. Celui-ci avait appelé sa mère toute la nuit, mais au matin, ils ne l’entendaient plus... Mon père était nettoyeur de tranchées. Nous étions petites et nous pensions naïvement avec ma soeur qu’il était chargé du ménage ! (2)

Quand mon père arrivait en permission dans le 14e arrondissement de Paris où ma mère vivait avec sa famille, ma grand-mère s’empressait de mettre sur le palier une grande bassine en zinc remplie d’eau. Là, il se déshabillait et y mettait capote, pantalon et chemise pour noyer la vermine, et il rentrait précipitamment dans le logement.

Un jour, sa permission terminée, mon père avec tout son barda sur le dos est arrivé à la gare de l’est pour prendre un train du soir. Il aperçoit un sergent de ville (policier/gendarme) et hésite à faire demi-tour car il n’était pas en règle. En effet, il était resté auprès de ma mère qui avait attrapé la grippe espagnole afin d’avoir l’avis du médecin. Son départ, qui devait avoir lieu le matin, avait donc été retardé. Comptant sur l’indulgence et la compréhension du sergent de ville, il n’a pas fait demi-tour mais a été arrêté et conduit au commissariat malgré ses protestations. Il voulait prendre son train car il savait qu’un copain attendait avec impatience son retour pour pouvoir partir à son tour en "perm".

Il a été mis en cellule, on lui a retiré sa ceinture, les lacets de ses brodequins, sa montre et tous ses papiers. Il y a passé la nuit et n’a été relâché, très humilié, que le lendemain matin. Au retour il n’a pas eu de punition car le combat l’attendait et chaque homme comptait mais il a eu la haine contre ce flic. Ce "planqué" comme il l’appelait. Je crois qu’il avait encore de la haine des années plus tard lorsqu’il nous racontait cette histoire.

Cette période de l’histoire m’intéresse, je lis beaucoup d’ouvrages sur ce sujet. Cela me fait repenser à ce que nous racontait notre père. Il nous a transmis beaucoup de choses, je souhaite à mon tour les transmettre à mes proches (3). J’en parle à mes enfants qui sont attentifs à l’histoire de la famille. J’ai aussi écrit ce que m’a raconté mon père pour garder une trace.... »

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(1) Témoignage de madame Hélène Bouloy, Malakofiotte, fille d’Emile Marnois (1882-1952), mobilisé en 1914 au sein du 80erégiment d’infanterie jusqu’en 1919.

(2) Nettoyeur de tranchées : des unités spécialisées avaient pour mission la mise hors d’état de nuire des ennemis restés dans les tranchées en deçà de la progression des troupes d’assaut. Cette mission était très importante puisqu’elle consistait à s’assurer qu’on ne laissait pas d’ennemis dans son dos. Ces opérations se faisaient le plus souvent à l’arme de poing, à la grenade ou plus rarement au couteau.

(3) Témoignage recueilli dans le cadre de l’exposition « Mémoires de poilus » organisée par la Commission municipale « Mémoire et patrimoine » en novembre 2014 avec le concours du Service communication de la Mairie de Malakoff. Travail coordonné par Cécile Lousse.

 

 

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MEMOIRES FAMILIALES 14/18
Retour à l’envoyeur de la lettre au mort pour la France

Même avec le temps, la lecture d’une lettre écrite en 1914, de la mère à son fils parti à la guerre au 4e Corps de zouaves de marche, reste toujours un moment d’émotion car ce témoignage fait désormais partie de l’histoire familiale. Pour Paulette Canto, une trace qu’il ne faut pas perdre.

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Même avec le temps, la lecture d’une lettre écrite en 1914, de la mère à son fils parti à la guerre au 4e Corps de zouaves de marche, reste toujours un moment d’émotion car ce témoignage fait désormais partie de l’histoire familiale. Pour Paulette Canto, une trace qu’il ne faut pas perdre.

« Je n’ai pas connu mon oncle, on parlait rarement de lui (1). Mon père nous en parlait un peu de temps en temps car il avait été beaucoup pleuré dans la famille. Mon père était de six ans son cadet. C’est lui qui a récupéré une des lettres que ma grand-mère lui avait envoyée et qui me l’a donnée ensuite. Le corps de mon oncle n’a pas été retrouvé. J’ai fait des recherches de tombe mais sans succès. J’ai récupéré une photo on le voit en tenue de zouave de marche.

La lecture de cette lettre m’a causé du chagrin. Dans la lettre de ma grand-mère, on sent beaucoup de désespoir et d’inquiétude car elle était sans nouvelles de son fils. Cette lettre, datée du 29 novembre 1914, lui a été retournée car mon oncle était mort au combat. 

Il était le premier des cinq enfants de ma grand-mère paternel. Elle était écrivain public en Algérie et à la tête d’une famille nombreuse. Elle a eu cinq enfants : Jean, Paul, Baptistine, Alice et Laurent. Ma grand-mère s’appelait Rosa Charlotte Canto. Je garde cette lettre et cette photo car, même s’ils sont douloureux, ce sont des souvenirs, une partie de mon histoire familiale. Je n’ai pas connu ma grand-mère, elle est morte en 1925 (née en 1874). J’ai deux filles et trois petits-enfants. J’ai fait un livre avec tous les renseignements sur la famille. C’est pour eux que je garde ces documents et que je fais ce travail de mémoire. J’ai peu de traces mais celles qui restent il ne faut pas les perdre. C’est un témoignage que je réalise pour ma famille... »

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(1) Témoignage de Paulette Canto, Malakoffiote, nièce de Jean Canto, 2e classe du 4e Corps de zouaves de marche, disparu et déclaré mort pour la France le 11 novembre 1914 à Veldoeck (Belgique). Né le 24 janvier 1893 à Alger. Le 4ème Zouaves faisait parti de la 38ème Division d’Infanterie et appartenait à l’Armée d’Afrique. Il a participé aux batailles de Charleroi ( 21-23 août 1914 ), de la Marne ( 9-13 sept 14 ) et des Flandres.

(2) Témoignage recueilli par Stéphane Laforge dans le cadre de l’exposition « Mémoires de poilus » organisée par la Commission municipale « Mémoire et patrimoine » en novembre 2014 avec le concours du Service communication de la Mairie de Malakoff. Travail coordonné par Cécile Lousse et Florence Giacomelli.

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