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MALAKOFF PATRIMOINE
SOMMAIRE :
Les activités

Un territoire


Le bâti


Le sacré


CARRIERES DE PIERRES A BATIR
Quand Alexandre Dumas décrit l’environnement de la Plaine de Montrouge

Dans le premier chapitre de son livre « Les mille et un fantômes », Alexandre Dumas dépeint l’environnement de la Plaine de Montrouge, aujourd’hui la partie nord de Malakoff. Parti à six heures du soir pour l’ouverture de la chasse à Fontenay-aux-Roses le 1er septembre de l’année 1831, l’écrivain qui affirme ne rien connaître des environs de Paris s’efforce de garder la tête hors de la portière de la voiture. Traversant la Plaine de Montrouge, il décrit ce qu’il voit : « On marche sur des abîmes » écrit-il. En deux pages, Dumas décrit un paysage de carrières.

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Dans le premier chapitre de son livre « Les mille et un fantômes », Alexandre Dumas dépeint l’environnement de la Plaine de Montrouge, aujourd’hui la partie nord de Malakoff. Parti à six heures du soir pour l’ouverture de la chasse à Fontenay-aux-Roses le 1er septembre de l’année 1831, l’écrivain qui affirme ne rien connaître des environs de Paris s’efforce de garder la tête hors de la portière de la voiture. Traversant la Plaine de Montrouge, il décrit ce qu’il voit : « On marche sur des abîmes » écrit-il. En deux pages, Dumas décrit un paysage de carrières.

« ...La plaine qui se développe à l’entrée du Petit Montrouge est étrange d’aspect. Au milieu des prairies artificielles, des champs de carottes et les plates-bandes de betteraves, s’élèvent des espèces de forts carrés en pierres blanches que domine une roue dentée pareille à un squelette de feu d’artifice éteint.
 
Cette roue porte à sa circonférence des traverses de bois sur lesquelles un homme appuie alternativement l’un et l’autre pied. Ce travail d’écureuil, qui donne au travailleur un grand mouvement apparent sans qu’il change de place en réalité, a pour but d’enrouler autour d’un moyeu une corde qui, en s’enroulant, amène à la surface du sol une pierre taillée au fond de la carrière et qui vient voir lentement le jour.
 
Cette pierre, un crochet l’amène au bord de l’orifice, où des rouleaux l’attendent pour la transporter à la place qui lui est destinée. Puis la corde redescend dans les profondeurs, où elle va rechercher un autre fardeau, donnant un moment de repos au moderne Ixion (1), auquel un cri annonce bientôt qu’une autre pierre attend le labeur qui doit lui faire quitter la carrière natale et la même oeuvre recommence pour recommencer encore, pour recommencer toujours.
 
Le soir venu l’homme a fait dix lieues sans changer de place ; s’il montait en réalité, en hauteur, d’un degré à chaque fois que son pied pose sur une traverse, au bout de vingt-trois ans, il serait arrivé dans la lune.
 
C’est le soir surtout, c’est-à-dire à l’heure où je traversais la plaine qui sépare le Petit du Grand Montrouge, que le paysage grâce à ce nombre infini de roues mouvantes qui se détachent en vigueur sur le couchant enflammé prend un aspect fantastique. On dirait une de ces gravures de Goya, où, dont la demie teinte, des arracheurs de dents font la chasse a1Jx pendus.
 
Vers 7 heures, les roues s’arrêtent : la journée est finie.Ces moellons, qui sont de grands carrés longs de cinquante à soixante pieds, hauts de six à huit, c’est le futur Paris que l’on arrache de terre.
 
Les carrières d’où sort cette pierre grandissent tous les jours. C’est la suite des catacombes d’où est sorti le vieux Paris. Ce sont les faubourgs de la ville souterraine, qui vont gagnant incessamment du pays et s’étendent à la circonférence. Quand on marche dans cette plaine de Montrouge, on marche sur des abîmes. De temps en temps, on trouve un enfoncement de terrain, une vallée en miniature, une ride du sol : c’est une carrière mal soutenue en dessous, dont le plafond de gypse a craqué. fl s’est établi une fissure par laquelle l’eau a pénétré dans la caverne ; l’eau a entraîné la terre ; de là le mouvement de terrain : cela s’appelle un fondis.
 
Si l’on ne sait point cela, si on ignore que cette belle couche de terre verte qui vous appelle ne repose sur rien, on peut, en posant le pied au dessus d’une de ces gerçures, disparaître entre deux murs de glace.
 
La population qui habite ces galeries souterraines a, comme son existence, son caractère et sa physionomie à part. Vivant dans l’obscurité, elle a un peu les instincts des animaux de la nuit, c’est-à-dire qu’elle est silencieuse et féroce. Souvent on entend parler d’un accident, un étai a manqué, une corde s’est rompue, un homme a été écrasé. A la surface de la terre, on croit que c’est un malheur ; trente pieds au dessous on sait que c’est un crime.
 
L’aspect des carriers est en général sinistre. Le jour, leur oeil clignote, à l’air leur voix est sourde. Ils portent des cheveux plats rabattus jusqu’aux sourcils ; une barbe qui ne fait que tous les dimanches matin connaissance avec le rasoir ; un gilet qui laisse voir des manches de grosse toile grise, un tablier de cuir blanchi par le contact de la pierre, un pantalon de toile bleue.
 
Sur une de leurs épaules est une veste pliée en deux et sur cette veste posé le manche de la pioche ou de la bisàiguë qui, six jours de la semaine creuse la pierre.
 
Quand il y a quelques émeutes, il est rare que les hommes que nous venons d’essayer de peindre ne s’en mêlent pas. Quand on dit à la barrière d’Enfer : "Voilà les carriers de Montrouge qui descendent". Les habitants des mes avoisinantes secouent la tête et ferment leur porte... »
 

Alexandre Dumas

 

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CARRIERES
La proche banlieue de Paris riche en pierre calcaire

Au 19ème siècle, suivant la nature des matières extraites du sol, on a désigné les carrières sous les noms plus divers : plâtrières, glaisières, marnières, crayères, sablonnières. Ces appellations sont encore portées par des voies publiques à Malakoff et désignent une importante activité d’exploitation du sous-sol durant des décennies. Les carrières de Malakoff ont permis la construction de nombreux immeubles de la capitale et de Malakoff avant 1900.
On distinguait deux types de carrières, notamment à Malakoff (Vanves avant la séparation) et les communes environnantes : les carrières exploitées par galeries souterraines, les carrières à ciel ouvert.

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Au 19ème siècle, suivant la nature des matières extraites du sol, on a désigné les carrières sous les noms plus divers : plâtrières, glaisières, marnières, crayères, sablonnières. Ces appellations sont encore portées par des voies publiques à Malakoff et désignent une importante activité d’exploitation du sous-sol durant des décennies. Les carrières de Malakoff ont permis la construction de nombreux immeubles de la capitale et de Malakoff avant 1900.
On distinguait deux types de carrières, notamment à Malakoff (Vanves avant la séparation) et les communes environnantes : les carrières exploitées par galeries souterraines, les carrières à ciel ouvert.

Le nom de carrières est resté plus spécialement attaché aux exploitations d’où l’on extrait la pierre à bâtir. On comptait au milieu du 19ème siècle un grand nombre de carrières ouvertes sur la rive gauche de la Seine : 300 environ étaient en activité.

Présentation de l’activité des carrières du secteur sud de Paris vers 1856 à partir d’une note de monsieur Delesse, ingénieur des mines chargé du service de l’inspection des carrières de la rive gauche de la Seine.
 

LES CARRIERES SOUTERRAINES
 
Les carrières exploitées par galeries étaient les plus nombreuses sur la rive gauche de la Seine, (notamment à Malakoff) et en général elles étaient exploitées à l’aide d’un puits vertical. Il pouvait cependant se faire que l’on atteigne la masse en pénétrant par une excavation horizontale dans le flanc d’une élévation du terrain (dans la partie sud de Malakoff par exemple), on appelle cette exploitation par cavage à bouche.
Ces carrières à puits se pratiquaient surtout dans les masses recouvertes d’une grande épaisseur de terre, notamment sur les communes de Montrouge, Gentilly, Châtillon, Bagneux, Arcueil, Ivry, Vanves (Malakoff) , Passy, Saint-Maur, Maisons-Alfort, Créteil...
 
L’exploitation par les puits était la plus surveillée, parce qu’elle comportait les plus nombreuses risques d’accidents. Des règlements en déterminent les dispositions principales, et un service d’ingénieurs des mines veillait à leur exécution « sans toutefois créer trop d’embarras à des exploitations dont les produits sont indispensables à une grande ville ».
 
Pour exploiter une carrière on forait un puits large de trois à quatre mètres, assez profond pour atteindre la masse calcaire ; la loi prescrivait qu’il soit maçonné intérieurement, mais dans beaucoup de cas les terrains traversés avaient une solidité suffisante et la maçonnerie n’était pas exigée. Au sommet du puits on établissait un dallage de pierres élevé à la hauteur des voitures de transport et offrant une assez large surface nommée la forme ou le chantier ; c’est là que l’on équarrissait la pierre sortie du sol.
 
Aux bords de l’ouverture on installait une roue ou treuil en bois destiné à élever la pierre du fond du puits au niveau du sol. Le treuil se composait d’un arbre de couche disposé en travers de l’orifice du puits et environ à six mètres au-dessus de la surface de la forme. A l’une des extrémités de l’arbre était placée une roue de neuf à dix mètres de diamètre dont la jante était garnie sur ses côtés d’échelons en bois. Les ouvriers par leur poids faisaient tourner la roue et l’arbre de couche, un câble s’enroulait sur cet arbre et la pierre attachée à son extrémité s’élevait lentement vers la surface du sol. Ce câble, tirait des morceaux de pierre jusqu’à 9 tonnes.
 
Pour permettre l’accès aux galeries d’extraction une poutre verticale était scellée aux parois du puits par des tenons en fer nommés happes, et portant des échelons en bois, ou ranches, formés par de simples traverses horizontales sur lesquelles les ouvriers pouvaient monter ou descendre.
 
On commençait l’exploitation d’une carrière par forer la masse sur toute l’étendue du puits, de manière à se trouver au milieu d’elle pour l’exploiter horizontalement. Cette opération s’appelait affrontage. On perçait dans plusieurs directions des galeries de 40 à 50 mètres de longueur sur un mètre de large et 1,50 m à 2 mètres de hauteur. Le travail d’extraction de la pierre pouvait alors commencer.
 
Dans une entreprise de carrière la masse calcaire appartenait au propriétaire du sol qui la recouvre. Rarement il se chargeait de l’exploiter lui-même. Il vendait ordinairement le droit d’exploitation à un maître carrier. Le propriétaire ne garantissait nullement la qualité ni l’étendue de la masse, toutes les charges résultant des extractions incombaient à l’exploitant.
Après l’expiration du temps convenu, il devait rendre le terrain en bon état de culture, combler les puits et remplir les fontis ou excavations pour éviter l’affaissement du sol.
 
L’EXPLOITATION DU CALCAIRE
 
La masse exploitée était constituée par du calcaire grossier et comprenait de haut en bas quatre couches principales dont l’ensemble mesurait en moyenne 15 mètres d’épaisseur.
 
Le Banc de roche, calcaire plus ou moins siliceux, reconnaissable à de nombreuses empreintes de coquilles fossiles, était dur et résistant et sa texture fine permettait de le tailler avec précision. On l’employait comme pierre de choix pour les soubassements des édifices. Ce banc mesurait 0,70cn à 1,00m d’épaisseur, il vaut de 50 à 60F le mètre cube. On en a déjà extrait une énorme quantité.
Aux couches inférieures du banc de roche étaient associées des assises de pierre de moindre qualité, employées à des usages qui exigeaient moins de résistance. On désignait ces divers lits sous les noms de banc blanc, banc d’argent, plaquette, moellon, grignard ou petit moellon.
Cette première masse de calcaire constituait ce qu’on appelait fréquemment dans les carrières le premier atelier parce que pour exploiter les couches inférieures, on continuait le forage des puits, et on établissait un second étage d’excavations nommé dernier atelier.
Le premier atelier avait une hauteur proportionnelle à celle de cette première série de lits calcaires ; elle n’excédait jamais deux mètres et souvent ne dépassait pas plus de 1,60m.
 
Le Banc vert formait une seconde couche de calcaires argileux colorés par des granules verts et propres à la fabrication des chaux hydrauliques. Dans certains endroits, on y rencontrait certains bancs plus durs, épais de 40 centimètres en moyenne, et que l’on exploitait pour les dallages, telle la pierre de liais de Créteil épuisée au 19ème siècle et qui avait servi à la construction des escaliers du Louvre à Paris. Un lit analogue à Bagneux et à Châtillon était nommé banc royal ou liais. Il était exploité pour les mêmes usages, ainsi qu’un autre lit coloré en gris par de l’argile nommé le banc bleu.
 
La Lambourde ou Calcaire à miliolites en géologie, vu sa faible cohésion était nommé banc de son par les ouvriers. C’était un calcaire tendre que l’on employait en moellons ou pierres grossièrement taillées destinées, dans les constructions à être reliées et recouvertes par du plâtre. Ce banc, d’une épaisseur très variable, mais généralement considérable, en moyenne 8 ou 10 mètres.
 
Le banc de calcaire grossier inférieur, mêlé de glauconies était exploité dans certaines communes, comme à Gentilly, sous le nom de Banc Saint-Jacques. Alexandre Chauvelot, lors de la construction de son parc sur la Plaine de Montrouge en trouva sur place. Il s’empara d’un banc entier de moëllons qu’il fit transporter dans son nouvel établissement et après les avoir fait casser obtint des rochers qui servirent à la construction de grottes factices et des arcs en rocaille aux gloires militaires au cœur de son parc d’attraction de la Nouvelle Californie de Malakoff.
Le calcaire grossier inférieur ’est une pierre tendre remplie de coquilles et qui fournit des moellons de qualité inférieure. Ces diverses couches du calcaire grossier du sous-sol parisien étaient limitées supérieurement par un lit de couches marneuses que traversaient des veines de quartz associé à des cristaux de chaux carbonatée. Ce lit portait le nom de Caillasse. Le calcaire grossier repose sur des bancs sableux de l’époque tertiaire ou période éocène.
 
CARRIERES A CIEL OUVERT
 
D’après la réglementation en vigueur, on pouvait exploiter une carrière à ciel ouvert quand les terres qui recouvraient la masse, c’est-à-dire les dépôts calcaires que l’on veut exploiter avaient une épaisseur plus faible que celle de la masse elle-même, ou quand ce recouvrement, par sa nature, n’assurerait pas une voûte solide aux galeries d’exploitation.
Pour faire une exploitation de carrière à ciel ouvert, on enlevait d’abord toutes les terres qui recouvrait la masse, puis on attaquait celle-ci jusqu’à l’épuisement en détachant la pierre par les procédés ordinaires. Cette exploitation d’extraction de la pierre avait l’avantage pour les entreprises d’exiger peu de frais et d’enlever toute la masse sans déchets, tandis que l’exploitation par galerie nécessitait un déchet qui s’élevait à un quart de la masse.

L’exploitation des carrières à ciel ouvert n’exigeait aucune autorisation préalable et se faisait simplement sous la surveillance de l’inspecteur des carrières et de la police administrative. Les carrières par cavage à bouche et les carrières à puits ne peuvent être exploitées sans une autorisation donnée par le préfet ou le sous-préfet, sur le rapport de l’inspecteur général des carrières et après examen d’un plan du terrain qui recouvre la masse, annexé par le demandeur à sa requête.

DES REGLEMENTS PLUS OU MOINS RESPECTES

Conformément à une loi de 1810 et au décret du 4 juillet 1813, l’exploitation des carrières était astreinte à certaines formalités ayant pour but de sauvegarder les propriétés voisines des carrières, la sûreté et la salubrité publique.

Les règlements exigeaient qu’aucun sondage ne soit pratiqué sans autorisation, mais cette disposition souvent gênante n’était pas toujours respectée.

Les exploitations de carrières si proches de Paris s’exécutaient sous la surveillance du service d’Inspection des carrières composé d’un ingénieur en chef des mines ayant sous ses ordres deux ingénieurs chargés, l’un des carrières de la rive droite, l’autre de celles de la rive gauche de la Seine (dont le secteur de Malakoff). Chacun de ces trois ingénieurs avait près de lui un conducteur de travaux ; six commis surveillants chargés de faire les tournées d’inspection dans les communes. A ce service étaient rattachés cinq géomètres ou auxiliaires, principalement destinés au levé des plans des diverses exploitations.

Le contrôle de ces ingénieurs des mines portait principalement sur trois points :

-Empêcher que l’exploitant ne sorte de la masse qui lui appartient pour fouiller le terrain d’autrui, ou qu’il ne s’approche des routes et voies publiques et n’aille exploiter sous le sol qui les forme. Sur ce premier point il semble que les contraventions furent nombreuses et la surveillance due être très active.

-Faire déposer chaque année, dans les bureaux de l’Inspection, le plan de l’exploitation constatant son état actuel.

-Veiller à la sûreté des ouvriers en exigeant le bon entretien de la carrière et des appareils d’exploitation, en recherchant, chaque fois qu’il se produisait un accident entraînant blessure ou mort d’homme, si toutes les précautions avaient été prises par le maître carrier. En cas de malheur, celui-ci devait immédiatement prévenir le maire de la commune et l’ingénieur chargé du service des carrières, afin qu’il soit procédé à cette enquête

Les maîtres carriers de la partie sud de Paris n’occupaient pas moins de 2980 ouvriers, et 294 carrières de pierre à bâtir étaient en activité au milieu du 19ème siècle. Chaque carrière fournissait annuellement, en moyenne, 420 mètres cubes de pierre dure et 4 650 mètres cubes de pierre tendre dite moellons. Le produit moyen des carrières de la rive gauche de la Seine s’élevait pour une année, à 1 464 000 mètres cubes,

 Sources : Archives SEHDACS 1992

 

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CARRIERES
Malakoff et son riche sous-sol

Les historiens de la Société d’études historiques des anciennes carrières et cavités souterraines ont effectué des recherches passionnantes sur le sous-sol du bassin parisien. En 1992, monsieur Michel Engelmann publiait dans le bulletin de liaison de la SEHDACS une communication sur l’exploitation de la pierre à Malakoff qui possédait surtout des carrières de calcaire grossier, exploitées par hagues et bourrages. Nous empruntons ici quelques extraits de son étude qui indique que l’extraction de la pierre à bâtir à Malakoff à perduré pendant tout le 19ème siècle.

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Les historiens de la Société d’études historiques des anciennes carrières et cavités souterraines ont effectué des recherches passionnantes sur le sous-sol du bassin parisien. En 1992, monsieur Michel Engelmann publiait dans le bulletin de liaison de la SEHDACS une communication sur l’exploitation de la pierre à Malakoff qui possédait surtout des carrières de calcaire grossier, exploitées par hagues et bourrages. Nous empruntons ici quelques extraits de son étude qui indique que l’extraction de la pierre à bâtir à Malakoff à perduré pendant tout le 19ème siècle.

 En 1909, le Service des Ponts et Chaussées dressait une carte des carrières qui surprend encore : il y aurait eu 87 exploitations de carrières au nord-est et au sud de la ville de Malakoff.

Le recensement par le Service des Ponts et Chaussées en 1909, indiquait que la plupart des carrières exploitées sous la commune de Malakoff étaient abandonnées. Certaines avaient été condamnées par les propriétaires du dessus, ou pour d’autres comblées ou détruites lors des évènements de la Commune de 1870.
 
Deux grands secteurs de carrières existaient à Malakoff, bien délimités sur la carte de Ponts et Chaussées (1909) et sur l’atlas des carrières du département de la Seine (IGC, 1877). D’autres cartes confirment le nombre important d’exploitation de la pierre à bâtir, celle dressée et gravée sur zinc publiée en 1887 par le service géographique de l’armée et le plan d’ensemble des carrières souterraines de Paris et du département de la Seine en 1889. Malakoff grand centre d’extraction de la pierre calcaire. On ne peu point en douter.
 
DES CARRIERES DEPUIS LE 18ème SIECLE
 
Grâce aux archives communales de Vanves, on sait que c’est à partir du XIIIème siècle que la pierre fut exploitée dans le secteur pour la construction de l’église Saint-Rémy de Vanves. Les plus anciens documents montrent que ces exploitations aujourd’hui remblayées étaient à ciel ouvert et localisées dans le sud de Malakoff d’où était extrait essentiellement le banc franc. D’après les fameuses Cartes des chasses du Roi de 1664-1773, quelques carrières étaient signalées au lieu-dit « Les carrières », au sud du cimetière communal. Des documents d’archives indiquent aussi selon l’étude parue dans la revue du SEHDACS « qu’en 1756, le Roi Louis XV acquis deux groupes de carrières, l’un était situé à l’extrême sud de Malakoff au lieu-dit Les Garmants (une voie publique porte toujours ce nom). Le second groupe était jusqu’à la fin du 18ème siècle au nord-ouest de Malakoff aux lieux-dits La voie de Beauvais et Les Hauts Closeaux. Par contre, les carrières sud avaient cessé de progresser vers le nord de la ville de plus en plus urbanisé à la fin du 19ème siècle… ».
 
Ces différentes sources d’informations répertorient des carrières en grand nombre au nord-est de la commune un vaste réseau crée au fil des ans relié aux exploitations du 15ème arrondissement de Paris et à ceux de Montrouge. Les terrains acquis par Alexandre Chauvelot étaient couverts de roues de carriers et renfermaient de la pierre en abondance indiquent les rapports officiels. Le célèbre promoteur appela même son nouveau quartier d’un nom de circonstance « La Nouvelle Californie du moellon et de la pierre ». Alexandre Dumas père, lui-même raconte dans son livre « les milles et un fantômes » sa découverte en 1831 de la Plaine de Montrouge en la traversant pour aller à la chasse à Fontenay-aux-Roses, un paysage de puits et de roues de carriers. Et depuis bien sûr en allant tout simplement au service de l’urbanisme à la Mairie de Malakoff l’étonnement demeure devant tant de carrières sous la ville.
 
DES CARRIERES PRINCIPALEMENT SOUTERRAINES
 
L’autre grand secteur de carrières, se situe au sud-est de Malakoff autour du Fort de Vanves. Elles étaient en communication avec les exploitations de Chatillon très nombreuses également tout comme à Clamart et Meudon.
 
La grande majorité des carrières de Malakoff étaient souterraines, cette méthode était apparue à la fin du 18ème siècle, même si l’on sait que les plus anciennes l’ont été à ciel ouvert. Le système d’entrée par bouche de cavage était encore utilisé en 1825 par l’exploitant carrier Liochon au lieu-dit Les carrières.
Comme l’attestent les différents vestiges ici et là dans la ville, ce type d’accès aux carrières et la remontée des pierres ont été supplantés par l’utilisation des puits. Ces carrières fournissaient du moellon et de la pierre à bâtir. L’extraction se faisait selon la technique par hagues et bourrages. Les visites de galeries encore possible au 20ème siècle et des injections de mortiers pour assurer les fondations d’habitations dans certains quartiers confirment que les carrières exploitées à Malakoff étaient constituées de galerie ne dépassant pas 1,60m de hauteur. Il existe encore sous Malakoff de belles hagues, des piliers dont certains cèdent sous le poids du ciel de la carrière. Des fontis ont posé récemment quelques problèmes dans certains quartiers.
Le transport des pierres posaient par ailleurs quelques soucis de voiries. C’est pourquoi, en 1xxx la municipalité de Malakoff décida de faire payer aux maîtres carriers un droit annuel proportionnel à la charge des voitures à cheval transportant la pierre.
 
Après les évènements de la commune de 1870, les carrières de Malakoff furent exploitées intensément durant une quinzaine d’année, puis elles déclinèrent en raison de l’extension des habitations tant au nord qu’au sud de la ville. On peut estimer indiquent les chercheurs à 60 ans la période ou l’extraction a été importante à Malakoff. La notice historique sur l’état de la commune de Malakoff publiée sous les auspices du Conseil Général de la Seine, indique deux carrières de pierre à bâtir toujours en exploitation vers 1900. Leur production totale pendant les cinq dernières années du siècle s’étant élevée à 4500 mètres cubes. Une troisième carrière produisait des marnes d’argiles.
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Pour en savoir plus
 
Communication la pierre de Malakoff parue dans Liaison SEHDACS, numéro 10, 1992
SEDACS : Société d’études historiques des anciennes carrières et cavités souterraines, Hôpital Cochin, 27 rue du Faubourg Saint-Jacques, 75014 Paris
Marnes d’argiles
Hagues
Bourrages
Fontis
Banc franc
 

 

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L’EXTRACTION
Les roues de carrières de la plaine de Montrouge et du plateau de Vanves

Utilisée jusqu’aux années 1870 environ, la roue de carrier en bois reste l’expression d’une méthode d’extraction de la pierre à bâtir mise en oeuvre depuis le 15ème siècle. Afin de pouvoir hisser les blocs de pierre calcaire jusqu’en haut du puits, les carriers ont eu recourt à ce système de treuil en bois où la force de l’homme faisait tourner la machine. Une technique largement utilisée dans le sud de la banlieue parisienne pendant des décennies au cours du 19ème siècle, notamment sur la Plaine de Montrouge et le plateau de Vanves, là où s’étend désormais Malakoff.

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Utilisée jusqu’aux années 1870 environ, la roue de carrier en bois reste l’expression d’une méthode d’extraction de la pierre à bâtir mise en oeuvre depuis le 15ème siècle. Afin de pouvoir hisser les blocs de pierre calcaire jusqu’en haut du puits, les carriers ont eu recourt à ce système de treuil en bois où la force de l’homme faisait tourner la machine. Une technique largement utilisée dans le sud de la banlieue parisienne pendant des décennies au cours du 19ème siècle, notamment sur la Plaine de Montrouge et le plateau de Vanves, là où s’étend désormais Malakoff.

Pour permettre l’exploitation d’un puits de pierre calcaire, on forait un puits de 3 à 4 mètres de large, assez profond pour atteindre la masse calcaire, environ à 15 à 20 mètres de profondeur dans le secteur de Malakoff.

A l’orifice supérieur de ce puits était établi avec des pierres un dallage élevé à la hauteur des voitures de transport à cheval et offrant une assez large surface nommée « la forme ou le chantier ». Sur cet espace et au bord de l’ouverture était installée une roue en bois destinée à élever la pierre du fonds du puits au niveau du sol.

Le treuil se composait d’un arbre de couche disposé en travers l’orifice du puits à plusieurs mètres de hauteur. La roue utilisée sur les puits du sud de Paris avait en moyenne 8 mètres de diamètre et la jante comportait sur ses côtés des échelons en bois.

C’est par se moyen que les ouvriers faisaient tourner la roue en s’accrochant à ses échelons durant des heures. Un câble qui pouvait soutenir jusqu’à 8 tonnes s’enroulait sur l’arbre et la pierre attachée à l’extrémité du câble s’élevait lentement vers la surface. Un clapet empêchait la roue de revenir en arrière. Ce système d’extraction a été utilisé jusqu’à la guerre franco-prussienne de 1870. Une roue en bois pouvait durer 30 ans.

Ce sont principalement les journaliers « les hommes de bricole » ou en terme de carriers les « arricandiers », ouvriers les moins habitués aux carrières qui étaient chargés de monter sur les échelons de la roue, aidés si besoin par d’autres ouvriers plus anciens dans la profession. Ils accrochaient leurs mains aux échelons les plus élevés comme s’ils montaient à une échelle.

Il fallait donc selon le poids du bloc de pierre employer un nombre suffisant d’hommes pour faire tourner la roue ; La force d’un homme de 80 kilos agissant par son propre poids était en mesure de remonter une masse d’une tonne d’une profondeur de 25 mètres en moins d’une heure. Ce système souvent de conception précaire était à l’origine de nombreux accidents. Les chutes de la roue étaient fréquentes.

 

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DECEMBRE 1894
Catastrophe à la glaisière Armand au nord de Malakoff

Une glaisière située à l’extrême nord-ouest de Malakoff près du Pont de la vallée et de la Porte de Vanves a connu le 10 septembre 1894 une terrible catastrophe qui a fait cinq victimes, un mort et quatre blessés.
Une explosion est survenue dans la carrière souterraine de terre glaise servant à la fabrication des briques exploitée par le glaisier de Vanves Joseph Armand. Un accident rare mais qui pouvait se produire dans certaines conditions. Le Préfet de la Seine, Eugène Poubelle, prendra un arrêté le 11 janvier 1895 à la suite de cet évènement pour préciser les mesures de sécurité contre les dégagements de gaz inflammables dans les carrières souterraines au sud de Paris

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Une glaisière située à l’extrême nord-ouest de Malakoff près du Pont de la vallée et de la Porte de Vanves a connu le 10 septembre 1894 une terrible catastrophe qui a fait cinq victimes, un mort et quatre blessés.
Une explosion est survenue dans la carrière souterraine de terre glaise servant à la fabrication des briques exploitée par le glaisier de Vanves Joseph Armand. Un accident rare mais qui pouvait se produire dans certaines conditions. Le Préfet de la Seine, Eugène Poubelle, prendra un arrêté le 11 janvier 1895 à la suite de cet évènement pour préciser les mesures de sécurité contre les dégagements de gaz inflammables dans les carrières souterraines au sud de Paris

Le chantier d’exploitation du gisement de terre glaise près du Pont de la Vallée (ce secteur était alors sur la commune de Malakoff avant son annexion à Paris en 1924) fonctionnait depuis plusieurs mois. Depuis quelques temps les ouvriers glaisiers s’étaient aperçus à différentes reprises que des odeurs pestilentielles se répandaient dans les galeries de la carrière. Parfois même ils avaient perçu des sifflements aïgus paraissant provenir d’échappement de gaz. Cette présence de gaz pouvait s’expliquer par l’accumulation ancienne de détritus à proximité des galeries. Une pollution du sous-sol déjà commune au 19ème siècle due à l’enfouissement sans précaution de déchets. Le secteur n’étant pas encore urbanisé et proche des fortifications.

Des mesures de précautions avaient alors été données aux ouvriers par l’exploitant de la carrière et ceux-ci ne descendaient dans les galeries qu’après s’être assurés au moyen d’une bougie descendue par une ficelle qu’aucun danger était à craindre.

Une explosion

Ce matin du mois de décembre 1894, cette mesure de sécurité ayant permis de ne rien constater d’anormal, le chef d’équipe Frédéric Gangloff, s’engagea dans le puits de la carrière à l’aide du treuil. A peine arrivé au fond du puits depuis dix minutes, il poussa un cri de détresse. Ses camarades en surface comprirent à ses gestes désespérés qu’il voulait remonter de toute urgence.

Ils s’empressèrent de manoeuvrer le treuil mais il était trop tard : une violente explosion se fit entendre et le malheureux chef d’équipe, projeté en l’air retomba le corps en lambeau à trois mètres du puits. On retrouvera par la suite dans un potager à cinquante mètres du lieu de l’explosion des morceaux de son corps et des restes de vêtement.

Une immense colonne de flamme rouge selon les témoins s’échappa du puits et brûla grièvement quatre ouvriers glaisiers qui avaient été jetés à terre.

Les secours

Au bruit de la détonation, les habitants de l’avenue Pierre Larousse toute proche, accoururent. La gendarmerie ne tarda pas à arriver ainsi que le commissaire de police de la circonscription.

Les secours furent aussitôt organisés. On s’occupa des blessés. On les releva pour les transporter dans la pharmacie rue de la Tour où ils reçurent les soins des docteurs Lefebvre et Carat. Deux d’entre eux après avoir été pansés durent être transportés en toute hâte à l’hôpital Broussais.

Le chef d’équipe Frédéric Gangloff était marié et père de deux enfants en bas âge.

L’enquête

Autour du lieu de l’explosion la foule s’est portée en grand nombre et une vive émotion s’est répandue dans tout Vanves et Malakoff. Messieurs Lefèbvre et Chanteux, adjoints au Maire de Malakoff furent rapidement sur les lieux.

L’enquête du commissaire de police a établi que les ouvriers n’avaient pas pris toutes les précautions et qu’ils avaient négligé de se servir d’un ventilateur mis à leur disposition....

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Source Le petit Parisien 11 septembre 1894

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CARRIERES
L’exploitation des carrières par hagues et bourrages

L’exploitation des carrières par hagues et bourrages fut la principale méthode d’extraction de la pierre à bâtir dans les carrières de Malakoff. Elle permettait d’enlever la totalité des bancs. Les déchets de l’exploitation, consistant dans les lits inutilisables et dans les recoupes des blocs de pierre étaient rassemblées en arrière des ouvriers, à une faible distance du front de taille. Ces déchets servaient à former des remblais qui s’élevaient jusqu’au ciel de la galerie et le supportait. Mais comme la quantité de déchets était insuffisante pour remblayer toute la carrière, on laissait des espaces vides à l’intérieur des remblais. Cela permettait également de conserver des petites galeries de circulation.

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L’exploitation des carrières par hagues et bourrages fut la principale méthode d’extraction de la pierre à bâtir dans les carrières de Malakoff. Elle permettait d’enlever la totalité des bancs. Les déchets de l’exploitation, consistant dans les lits inutilisables et dans les recoupes des blocs de pierre étaient rassemblées en arrière des ouvriers, à une faible distance du front de taille. Ces déchets servaient à former des remblais qui s’élevaient jusqu’au ciel de la galerie et le supportait. Mais comme la quantité de déchets était insuffisante pour remblayer toute la carrière, on laissait des espaces vides à l’intérieur des remblais. Cela permettait également de conserver des petites galeries de circulation.

Les parois de ces galeries étaient le plus souvent formées de murs en pierres sèches appelées hagues, lesquelles s’élevaient jusqu’au toit contribuant ainsi à les supporter en même temps qu’elles soutenaient les terres de remblais. De nombreux piliers, dits piliers à bras, formés de très gros moellons superposés étaient disséminés dans les hagues et les remblais, qu’on nommait bourrages.

C’est l’ensemble de cette technique qui tire son nom d’exploitation par hagues et bourrages.
 
ROLES, EFFICACITE, SECURITE
 
Avec le temps, l’utilisation ces techniques dans les carrières de Malakoff ont-elles des conséquences pour la stabilité des sols. La méthode de hagues et de bourrages réduisent les conséquences fâcheuses estimait déjà les spécialistes des carrières au 19ème siècle. Dans l’ouvrage sur la consolidation des carrières de Paris (1885) cité sur le site internet de la DRIRE-Ile-de-France, dans ces anciennes carrières, il peut y avoir « un tassement d’ensemble des terres de recouvrement, sous le poids desquelles les remblais et autres supports se compriment davantage à mesure que s’étend l’espace sous-miné. Les fontis, qui peuvent se produire au-dessus des espaces laissés vides au milieu des remblais, là ou le ciel est très fissuré, n’ont qu’un développement restreint et, généralement, à cause du foisonnement, les terres qui se détachent des parois de la cloche suffisent à en combler le vide, avant qu’ils atteignent des proportions dangereuses…En résumé, dans l’exploitation par hagues et bourrages, les éboulements sont locaux et très circonscrits. »
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CARRIERES
Les dures conditions de travail des carriers

On comptait au milieu du 19ème siècle un grand nombre de carrières ouvertes sur la rive gauche de la Seine : 300 environ étaient en activité. Elles occupaient 2 500 ouvriers de diverses classes, dont 700 journaliers-manœuvres, dits hommes de bricole, 600 journaliers, dits hommes d’atelier, 300 journaliers-conducteurs ou tâcherons principaux, 900 tâcherons à tâche personnelle d’équarrisseurs, de trancheurs, de soucheveurs.
Description du lourd labeur de ces hommes aux différents métiers qui ont tiré la pierre à bâtir sous la ville de Malakoff et d’ailleurs à partir d’extraits de la description d’un maître carrier de Paris, Alfred Michaud, au milieu du 19ème siècle.

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On comptait au milieu du 19ème siècle un grand nombre de carrières ouvertes sur la rive gauche de la Seine : 300 environ étaient en activité. Elles occupaient 2 500 ouvriers de diverses classes, dont 700 journaliers-manœuvres, dits hommes de bricole, 600 journaliers, dits hommes d’atelier, 300 journaliers-conducteurs ou tâcherons principaux, 900 tâcherons à tâche personnelle d’équarrisseurs, de trancheurs, de soucheveurs.
Description du lourd labeur de ces hommes aux différents métiers qui ont tiré la pierre à bâtir sous la ville de Malakoff et d’ailleurs à partir d’extraits de la description d’un maître carrier de Paris, Alfred Michaud, au milieu du 19ème siècle.

Les travaux des carrières variaient selon les mois de l’année. Avec l’’hiver comptait une période de chômage qui commençait à la Toussaint pour finir au Ier avril. Durant ces cinq mois les patrons carriers pouvaient renvoyer la plupart de leurs ouvriers, mais un usage a prévalu parmi les maîtres carriers, préoccupés de conserver les ouvriers qu’ils avaient l’habitude d’employer.

Les carriers émigrants venus du Limousin ou de quelques autres régions de France, retournaient au pays, les autres travaillaient à des travaux préparatoires de l’exploitation de la belle saison. C’était notamment durant cette période que se faisait le tranchage de la masse et le percement des galeries.

Pendant la saison d’été le travail devenait très actif, et le nombre des ouvriers augmentait. Comme il fallait toujours opérer à la lumière dans ces galeries souterraines, la durée du jour n’avait aucune influence sur celle du travail. L’été, les journaliers ajoutaient deux heures à leur journée normale ; les tâcherons travaillent aussi plus longtemps,
 
Les catégories d’ouvriers étaient nécessairement liées l’une à l’autre. Une carrière de pierre à bâtir ne pouvait pas être exploitée par moins de 8 ouvriers, à savoir :1 conducteur, 1 équarrisseur, 1 soucheveur, 1 trancheur, 2 hommes d’atelier, 2 hommes de bricole.
 
HOMME DE BRICOLE
On appelait hommes de bricole ou, en terme de carriers, arricandiers, les ouvriers les moins habitués aux carrières et qui étaient chargés d’exécuter les travaux de terrassement, de transporter les blocs de pierre, de monter sur les échelons de la roue du treuil pour la faire tourner et élever la pierre jusqu’à l’orifice supérieur du puits. Ils étaient au besoin aidés dans ces travaux par tous les autres ouvriers. Le métier de carrer n’exigeait aucun apprentissage, puisqu’il suffisait seulement de fournir sa force de travail. Les hommes de bricole étaient donc véritablement des apprentis. L’ouvrier qui se présentait pour la première fois à un maître carrier était admis si son âge et sa force physique le rendait apte au travail.
 
HOMME D’ATELIER
Les hommes d’atelier étaient les véritables ouvriers journaliers des carrières, et les hommes de bricole pouvaient passer promptement dans cette catégorie. Leur travail consistait à transporter la pierre, à faire tourner la roue du puits d’extraction, à creuser les galeries, construire les supports destinés à prévenir les éboulements et remplir, avec la terre extraite des nouvelles fouilles, les vides créés par l’exploitation. Ce dernier travail s’appellait faire les bourrages.
 
HOMME TRANCHEUR
Les trancheurs attaquaient la masse de pierre qui formait les parois des galeries d’exploitation en y ouvrant, ordinairement de 20 mètres en 20 mètres, des tranchées verticales de toute la hauteur de la galerie (1,60m à 2 mètres), perpendiculaires à sa direction, et mesurant 0,50m de largeur, sur 2 ou 3 mètres de profondeur. C’était aussi les trancheurs qui, lorsqu’un bloc de 19 mètres environ de longueur venait d’être séparé de la masse qui le divisait pour le débiter en pierres marchandes. Ces ouvriers sont payés à la tâche et au mètre linéaire mesuré suivant la profondeur des tranchées.
 
Le travail des carriers trancheurs était très pénible. A mesure que la tranche s’enfonçait dans la masse, l’ouvrier y pénétrait au milieu d’un nuage épais de poussière calcaire. C’était dans ce nuage poudreux qu’il lui fallait exécuter une opération fort rude et déployer souvent une grande vigueur corporelle.
 
HOMME SOUCHEVEUR
Les soucheveurs devaient leur nom à la nature de leurs tâche dans les galeries, la plus difficile et dangereuse du métier. Les carriers désignaient par le mot souchever l’opération qui consistait à séparer la pierre dans le sens perpendiculaire aux tranches. Le bloc de pierre tranché dans toute la hauteur du banc et à un intervalle de 20 mètres, était ce qu’on appelle défermé ; il ne tenait plus à la masse que par sa face verticale la plus profonde.
Le soucheveur se couchait tout de son long sur le sol de la galerie et devant le bloc à détacher, armé d’un marteau en fer à deux tranchants avec un manche de bois plat, dur et long de deux mètres, il creusait dans le lit terreux qui supportait inférieurement le bloc calcaire. Il arrivait ainsi peu à peu à pratiquer sous la pierre une rainure de 0,30m de hauteur sur 20 mètres de longueur et jusqu’à une profondeur de 2 mètres.
A mesure qu’il pénétrait plus avant il glissait sous la pierre, s’éclairant d’une petite chandelle posée sur un carreau. De distance en distance, il plaçait de petits supports en bois nommés pivots ou des fragments de pierre tendre ou moellons pour soutenir le bloc qui pouvait à tout moment s’affaisser sur ses bras. Il poursuivait ainsi jusqu’à ce qu’il ait à chaque bout atteint une tranche.
Alors, il appelait à lui quelques ouvriers pour enlever avec un certain ensemble les supports et les morceaux de pierre. Moment critique ou le bloc qui se trouve suspendu sans appui, et qui peut mesurer jusqu’à 70 mètres cubes et peser environ 1 700 tonnes. Le banc terreux qui le limite supérieurement cédait, en même temps que la masse se détachait au fond. Le bloc tombait sur le sol de la carrière en se cassant en trois ou quatre fragments. Aussitôt les trancheurs le divisaient. Chaque pierre était ensuite poussée sur des rouleaux de bois, par les hommes d’atelier aidés de quelques tâcherons, jusqu’à l’orifice inférieur du puits d’extraction.
Le travail du soucheveur est aussi pénible que dangereux ; dans cette catégorie de carriers les accidents nombreux entraînaient fréquemment la perte d’un bras ou même des deux.
 
L’exploitation de la lambourde qui fournissait la pierre tendre dite moellon était un peu moins pénible. Cette masse formée de bancs très réguliers se séparait sans peine. Elle présentait en outre des fissures dans le sens vertical. C’était dans ces fissures que l’on pratiquait les tranches, puis on détachait la pierre par sa partie supérieure en creusant le lit arénacé qui la limitait, c’était ce qu’on nommait trancher à plat. On appliquait de forts crics contre la pierre, au niveau des délits ou séparations horizontales des couches, et on soulevait la couche qui se détachait alors très uniformément. La dangereuse opération du souchevage n’avait plus lieu dans cette masse.
 
HOMMES EQUARISSEURS
Les équarrisseurs étaient chargés d’équarrir la pierre sur la plate-forme qui entourait l’orifice supérieur du puits de service. On nommait équarrir, tailler le bloc à angles droits sur toutes ses faces. La pierre avait seulement été dégrossie par les trancheurs qui l’avait coupée dans la carrière ; c’était l’équarrisseur qui, lorsqu’elle était extraite et avant de la livrer, lui faisait ses parements ou l’équarrit. L’équarrissage était le travail le moins pénible, mais qui exigeait le plus d’expérience et d’habileté manuelle.
 
HOMMES CONDUCTEURS
Chaque carrière était confiée à la direction d’un conducteur qui dirigeait les ouvriers qui l’exploitait. Il représentait le maître carrier. Il travaillait habituellement comme ouvrier avec les hommes d’atelier ; mais, en outre, il était chargé de compter le nombre d’heures de travail fournies par les journaliers et de mesurer l’ouvrage exécuté par les tâcherons. C’était aussi lui qui embauchait les nouveaux ouvriers. Les maîtres carriers avaient tout intérêt à conserver longtemps leurs conducteurs et à maintenir de bons rapports avec eux.
 
Sources : Archives SEHDACS 1980
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SOUS LA RUE PARMENTIER
Rapport sur l’état d’une ancienne carrière (1887)

Le 27 février 1887 monsieur Camille Morel, architecte communal fut chargé par le maire de Malakoff de faire un rapport sur l’état de l’ancienne carrière à galeries située sous la rue Parmentier à l’angle de la rue Pierre Larousse. Déjà à cette époque, l’état des « bourrages » formés de remblais et la résistance des piliers à bras en gros moellons superposés disséminés dans les galeries de cette carrière en plein centre ville inquiétait la municipalité. Extrait du rapport à la suite duquel la ville engagea des travaux d’urgence. La rue Pierre Larousse fut en 1929 l’objet d’un effondrement spectaculaire (voir la photo).

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Le 27 février 1887 monsieur Camille Morel, architecte communal fut chargé par le maire de Malakoff de faire un rapport sur l’état de l’ancienne carrière à galeries située sous la rue Parmentier à l’angle de la rue Pierre Larousse. Déjà à cette époque, l’état des « bourrages » formés de remblais et la résistance des piliers à bras en gros moellons superposés disséminés dans les galeries de cette carrière en plein centre ville inquiétait la municipalité. Extrait du rapport à la suite duquel la ville engagea des travaux d’urgence. La rue Pierre Larousse fut en 1929 l’objet d’un effondrement spectaculaire (voir la photo).

 

« Je me suis transporté dans la dite carrière le 14 février 1887 à 10 heures du matin avec monsieur Bordereau entrepreneur de maçonnerie sur la commune et nous avons reconnu que les galeries de cette carrière, dont l’entrée se trouve par l’ancien puits communal que l’on comble actuellement rue Parmentier, sont dans le plus mauvais état. Des éboulements de terre et de graviers ont lieu à droite et à gauche de ces galeries, dont le ciel de carrière est fendu en plusieurs endroits et où se trouvent des fuites d’eau. Une partie de ce ciel s’écroule surtout par une forte fuite d’eau au fond de la galerie, particulièrement à l’endroit bouché de cette galerie sous la rue Pierre Larousse.
Il y aurait à faire dans ces galeries de carrière assez larges, d’environ deux à trois mètres, des consolidations souterraines sur une longueur de vingt trois mètres. Il conviendrait de consolider une dizaine de piles d’environ un mètre carré et qui ont la hauteur moyenne d’un mètre soixante. Elles sont espacées au milieu de ces galeries à environ un mètre cinquante. Cette consolidation serait à construire en moellons, lourdés en mortier à l’endroit des fuites d’eau et lourdés en plâtre dans les autres parties de ces galeries qui elles sont très sèches. La dépense s’élèverait à environ cent francs selon l’entrepreneur.
Il serait bon par ailleurs de combler le fonds du puits d’accès jusqu’à la hauteur de ces galeries afin de ménager un puits de descente à cette ancienne carrière et de couvrir par une plaque en fonte l’orifice de ce puits à fleur de sol de la rue. Il y a lieu de la plus grande urgence que ces consolidations souterraines de carrières soient faites à bref délais… »
Camille Morel, architecte communal
 
Sources : Archives départementales des Hauts-de-Seine, série O, Extrait du Registre des Délibérations du Conseil Municipal, séance du 18 mars 1887.

 

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MALAKOFF-SECTEUR NORD
Sous l’école, les anciennes galeries d’exploitation du calcaire

La connaissance du sous-sol miné de Malakoff nous est régulièrement rendue par les obligations d’études de consolidations souterraines lorsqu’il s’agit de constructions nouvelles ou de surélévations des maisons, ainsi que pour l’édification de bâtiments publics comme les établissements scolaires. En 1977, la ville décide la construction d’un groupe scolaire avenue du Maréchal Leclerc sur l’une des quatre zones identifiées d’anciennes carrières souterraines de Malakoff. L’étude du sous-sol effectuée à l’occasion de l’avant-projet d’édification de cette nouvelle école qui prendra par la suite le nom de Georges Cogniot est riche d’enseignement sur le sous-sol de Malakoff et les méthodes d’exploration préliminaires de construction.

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La connaissance du sous-sol miné de Malakoff nous est régulièrement rendue par les obligations d’études de consolidations souterraines lorsqu’il s’agit de constructions nouvelles ou de surélévations des maisons, ainsi que pour l’édification de bâtiments publics comme les établissements scolaires. En 1977, la ville décide la construction d’un groupe scolaire avenue du Maréchal Leclerc sur l’une des quatre zones identifiées d’anciennes carrières souterraines de Malakoff. L’étude du sous-sol effectuée à l’occasion de l’avant-projet d’édification de cette nouvelle école qui prendra par la suite le nom de Georges Cogniot est riche d’enseignement sur le sous-sol de Malakoff et les méthodes d’exploration préliminaires de construction.

Pour l’avant projet de construction du Groupe scolaire Georges Cogniot, l’Inspection Générale des Carrières donna au Service de l’urbanisme de la ville les informations en sa possession. La note rédigée le 18 mai 1977 donne les caractéristiques du terrain et l’orientation des recherches géologiques à entreprendre avant toute construction.

« Le terrain où est prévu la construction du groupe scolaire indique la note de l’IGC est en grande partie situé au-dessus d’une ancienne carrière souterraine de calcaire grossier (1) partiellement remblayée, exploitée sur deux étages superposés... La constitution d’un groupe scolaire sur ce terrain est donc assortie de l’obligation de prendre des précautions particulières pour l’assiette des bâtiments projetés. Des travaux de consolidation souterraine et le remblaiement de tous les vides situés sous l’ensemble du terrain pourront être imposés par l’Inspection Générale des Carrières qui devra être consultée à l’occasion du projet... »

Une reconnaissance des sols de fondations sur le périmètre situé entre l’avenue du Maréchal Leclerc et l’Avenue Gambetta a donc été décidée par une délibération du Conseil municipal (2). L’édification du Groupe scolaire comprenait cinq classes d’école élémentaire et huit classes d’école maternelle, ainsi que les services annexes s’y rattachant. En élévation, ces bâtiments comprenant un niveau seulement sur rez-de-chausée.

Le problème posé était essentiellement lié à la présence de galeries d’exploitation du calcaire en dessous des alluvions de la Seine issues de la période géologique du Lutétien, c’est-à-dire durant l’ère Tertiaire, entre 41 et 49 millions d’années.

Selon les renseignements de l’Atlas des Carrières de la Seine, ces exploitations avaient eu lieu dans la dernière moitié du 19ème siècle sur deux niveaux de galerie dans des formations de calcaire tendre (3). Conformément aux dispositions réglementaires en vigueur il convenait de procéder à une reconnaissance du sous-sol afin de repérer le niveau exact des anciennes exploitations ainsi que l’état des galeries éboulées ou comblées. Il fallait également mesurer les caractéristiques des couches superficielles entre le terrain naturel et la première exploitation. Le but de ce travail étant de préciser l’état d’altération de ces couches, consécutivement à d’éventuels effondrements des toits de galeries, fréquents ici et là à Malakoff.

Pour construire un bâtiment scolaire en toute sécurité il convenait par ailleurs de mesurer les caractéristiques des sols en-dessous des niveaux exploités afin de prévoir le cas échéant la possibilité d’aller y chercher une assise de fondation par piliers de béton au cas ou le terrain s’avérerait trop dégradé. Rien de très original comme étude, mais obligatoire pour un permis de construire en zone à risques d’anciennes carrières.

Nature des sols

Une campagne de reconnaissance des sols a donc été mise en oeuvre comprenant une série de sondages à 18 mètres de profondeur au début de l’année 1978. La méthode utilisée (un peu technique à décrire, à permis de définir la coupe géologique du terrain par des observations du forage des sédiments remontés à la surface. Une autre indication fut donnée en cours de forage par l’allure de pénétration de l’outil utilisé (4).

L’examen des coupes de forages a mis en évidence la constitution des sols supportant Malakoff, en fait une bonne partie du sud du Bassin Parisien. Grâce au forage de l’avenue du Maréchal Leclerc nous apprenons que le terrain exploré est constitué d’une couverture de remblai sablo-graveleux et argileux, avec des débris divers. Les épaisseurs de ce remblai représentant entre 1 à 1,80 mètre par rapport au niveau de la surface.

Un niveau de sables et graviers avec des lentilles d’argiles sableuses rougeâtres est présent, s’agissant d’alluvions du temps où la Seine recouvrait toute la région, d’une épaisseur de trois à quatre mètres. A partir de cette base et jusqu’à dix mètres de profondeur se trouve des niveaux de Marnes-calcaires blancs et beige-jaune constituant ce qu’on appelle des Marnes et Caillasses entassées par l’érosion avant le dépôt alluvial de la Seine.

La quasi-totalité des forages sur le site a permis de déceler entre 9,50 et 10,80 mètres un niveau de galeries partiellement remblayées de 1,40 mètre de hauteur confirmant les données de l’IGC.

A partir de ces galeries, les forages ont pénétré dans des calcaires relativement tendres jusqu’à quatorze mètres de profondeur où a été de nouveau découvert un second niveau de galerie en dessous desquelles jusqu’à dix huit mètres de profondeur se trouve une Marne Calcaire compact assez tendre. Le rapport a par ailleurs indiqué que les forages n’ont pas trouvé d’eau dans ce secteur du sous-sol de Malakoff.

Les travaux en sous-sol

Toutes ces données ont été fondamentales pour envisager les fondations de l’école. L’étude a donc conclu en fonction de l’avant-projet établi par le maitre d’oeuvre un certain nombre de travaux indispensables pour assurer la stabilité dans le temps et la sécurité du bâtiment et de ses futurs occupants, les enfants. Ces obligations montrent ainsi toute la complexité des travaux de construction ou d’élévation de bâtiments sur le territoire de la commune.

Pour construire l’école, on a donc procédé à un remplissage des galeries et des vides en matériaux inertes, a des injections de clavage en toit de galerie pour assurer un bourrage parfait, a des injections de béton de consolidation principalement entre les deux niveaux de galeries. Le compte rendu du chantier (5) montre l’impressionnant travail préparatoire à l’élévation de la maison d’école qui a nécessité vingt forages pour le remplissage de la carrière et d’un forage pour le traitement des sols. Le tout a représenté 8048 mètres cubes d’injection et de 112 mètres cubes de coulis pour le traitement du sol.

 Sources : Archives Municipales Dossier 4M2

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Notes diverses :

1) Calcaire grossier : roche de la région parisienne, très dure et homogène, utilisée pour de nombreuses constructions

2) Délibération du 9 juin 1977

3) Calcaire tendre : facile à travailler

4) Trépan mu par un Wagon-Drill Atlas Copro avec soufflage d’air en tête, puis injection d’eau ou de bentonite.

5) (6 avril 1978)

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